Pour un grand service public de l’enfance

La France reste la nation la plus nataliste des grands pays développés, tout en assurant un bon taux d’accessibilité au travail des mères de famille. Cette situation enviable trouve avant tout son origine dans la politique familiale menée jusqu’alors par l’Etat, les caisses d’allocations familiales (CAF) et les communes.

Cet engagement des communes, qui créent des places d’accueil et/ou accompagnent les familles pour la garde de leurs enfants, n’est guère reconnu : les élus locaux ne sont nullement conviés à donner leur avis lors de la révision générale des politiques publiques en la matière, les relations avec les CAF sont parfois tendues, tant ces dernières – elles-mêmes durement contraintes par leur ministère de tutelle – ont un discours qui peut différer de la réalité des financements, comme le montre le fiasco de la « prestation de service unique » (PSU).

Dans ce contexte, l’inquiétude et les interrogations manifestées par de nombreux acteurs de la vie scolaire autour d’une possible remise en cause de l’accueil à l’école maternelle pour les enfants âgés de moins de trois ans mettent davantage encore en perspective l’absolue nécessité d’une approche globale de la petite enfance et de l’enfance dans notre pays. En effet, l’Etat cherche à alléger le coût de l’école maternelle, pour le reporter sur les communes qui seraient ainsi amenées à ouvrir, dans le prolongement des crèches, des « jardins d’enfants », prélude à une scolarisation maternelle plus tardive.

Ce serait un immense gâchis éducatif d’abord, organisationnel ensuite, financier enfin.

Cette partie de cache-cache budgétaire entre l’Etat et les communes n’est pas digne de l’enjeu éducatif, auquel les familles sont à juste titre attachées. Les enfants ne doivent pas devenir les nouveaux otages des manœuvres budgétaires de Bercy. Dès lors, la solution s’impose : le grand service public de la petite enfance et de l’école maternelle doit être organisé et géré par un seul responsable, à l’évidence la commune ou la communauté, et la loi doit impérativement consacrer les transferts correspondants, en terme de budget et d’effectifs. A défaut, c’en sera vite fini de l’exception française en matière de natalité.