Grand Paris : le pragmatisme et le bon sens du rapport Carrez

Sans aucun doute, il faut saluer le « pragmatisme et le bon sens » du rapport remis le 30 septembre au Premier ministre par Gilles Carrez, député-maire du Perreux-sur-Marne, sur le financement du projet de transports du Grand Paris. Par ces temps de polémique – justifiée -, ce rapport peut en effet contribuer de manière décisive au rapprochement des positions entre l’Etat et les élus locaux regroupés dans Paris Métropole, et  c’est une excellente chose. J’espère que Gilles Carrez sera entendu au plus haut niveau de l’Etat et que ses propositions seront mieux prises en compte dans le projet de loi sur le Grand Paris qui doit être très prochainement présenté au conseil des ministres.

J’approuve notamment, pour ma part, le réalisme du phasage de la réalisation, en commençant par la rocade de petite couronne, la prolongation de la ligne 14 et la reconfiguration et la modernisation du réseau RER. Je rappelle néanmoins l’urgence qui s’attache à ce que la ligne B, dont le fonctionnement est très défectueux, figure bien parmi les priorités du plan de modernisation.

Je note avec satisfaction la prise en compte des coûts de fonctionnement induits par les nouvelles infrastructures, dont l’analyse montre le poids très important. Il faut également insister pour que l’entretien des lignes existantes ne soit pas sacrifié à la construction de nouvelles lignes. Les propositions sur la gouvernance, qui visent à s’appuyer au premier chef sur les institutions existantes qui disposent d’un vrai savoir-faire sur ces questions, sont, me semble-t-il, de nature à mettre fin à l’affrontement quelque peu stérile entre l’Etat et les élus locaux.

S’agissant de la question du financement, les propositions conduisent à ce que chacun soit amené à participer de façon raisonnable et équitable à ce plan de développement : les usagers franciliens et non franciliens, les utilisateurs de la route, les acteurs économiques, les contribuables au travers des dotations budgétaires des collectivités locales.

Plusieurs points méritent cependant quelques commentaires.

  • Il est proposé d’augmenter les procès-verbaux de stationnement de 11 à 20 €. C’est pertinent, car ceux-ci n’ont pas bougé depuis longtemps, et le montant n’est plus dissuassif en petite courone étant donné le prix de l’heure de stationnement. Mais c’est aussi contradictoire avec la volonté exprimée par de nombreux élus de voir dépénaliser les amendes en question pour en faire un véritable outil d’aménagement de centre ville et instituer ainsi des « redevances majorées » pour ceux qui n’auraient pas spontanément payé le stationnement » …
  • Gilles Carrez a eu l’excellente idée de ne pas recourir à la « recette miracle » en matière de financement public, qu’est le fameux « partenariat public-privé ». Parce que le public finit toujours par rembourser – avec intérêts élevés – l’argent que le privé a investi dans ce genre de montage. Le privé n’est pas philanthrope ! Gilles Carrez a raison de se méfier du coût à terme de ces montages essentiellement « communicants ».
  • Gilles Carrez reste très réservé sur les ressources pouvant provenir des plus-values foncières, et il a entièrement raison. Pour que ces ressources soient significatives, il aurait fallu que l’Etat s’assure la maîtrise foncière il y a plusieurs années. Car nous ne sommes plus dans les années 50, où les expropriations de terrains se faisaient pour une bouchée de pain. Les préemptions se feront au prix du marché, et celui-ci tient déjà compte des aménagements à venir.

Le rapport Carrez mérite d’être soutenu par les élus de Paris Métropole.