OPINION.« Je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle mais à la présidence de l’AMF », par Philippe Laurent, maire de Sceaux

Tribune publiée le 25 septembre 2026 dans La Tribune Dimanche.

Alors que tous les regards sont braqués sur la présidentielle, l’édile, candidat à la présidence de l’Association des maires de France, réaffirme la nécessité d’indépendance de l’association d’élus.

Je suis candidat à l’élection pour la présidence de l’Association des maires de France. Car posons clairement la question : à quoi doit servir l’Association des maires de France (AMF) ? À défendre les communes, ou à devenir un nouvel espace du débat présidentiel ? La nuance n’est pas secondaire.

On peut naturellement être maire, parlementaire, ministre, candidat à une élection nationale et président d’association d’élus. La démocratie française est suffisamment riche pour que chacun puisse cumuler les casquettes. Encore faut-il savoir lesquelles on porte, et à quel moment. Ces trente dernières années, aucun des présidents successifs de l’AMF auprès desquels j’ai travaillé ne s’était autorisé ce type de cumul, car ils étaient conscients qu’il affaiblirait inévitablement l’AMF.

L’AMF n’est ni un exécutif national, ni un parti politique, ni une écurie présidentielle. Elle est l’Association des maires de France. Sa force vient précisément de sa capacité à rassembler des élus qui, sur bien des sujets, ne votent pas de la même manière, mais défendent toutes et tous les communes, dans toute leur diversité.

À quelques mois de 2027, cette indépendance n’est donc pas une question théorique.

Elle est une nécessité politique au sens le plus noble du terme. Car l’AMF devra, demain comme elle le faisait il y a quelques années, parler à tout le monde : au Gouvernement, quel qu’il soit ; au Parlement, quelle que soit sa majorité ; à la gauche comme à la droite, au centre comme aux élus sans étiquette.

Syndicat des maires

Elle devra pouvoir dire oui, dire non, négocier, proposer, et, lorsque cela est nécessaire, taper du poing sur la table. Bref, faire son travail de « syndicat des maires », sans devenir le syndicat d’une ambition personnelle.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez paradoxal à expliquer que l’on peut être candidat à la présidentielle tout en garantissant l’indépendance de l’AMF, puis à prévoir qu’en cas de campagne officielle, une direction collégiale prendra le relais.

On peut naturellement trouver cette organisation parfaitement légitime. Mais on peut aussi se demander pourquoi l’AMF devrait, à un moment aussi décisif pour les communes, changer de pilote précisément parce que son président mènerait une autre bataille.

Une association d’élus peut avoir une parole forte sans devenir la caisse de résonance d’une candidature nationale.

Les maires, eux, n’ont pas de période de réserve. Ils doivent voter leur budget, faire fonctionner leurs écoles et leurs services publics, construire des logements, adapter leurs communes au dérèglement climatique, assurer la sécurité du quotidien, soutenir leurs commerces, veiller à la santé de tous et répondre à leurs habitants. Leurs échéances sont municipales, budgétaires, sociales, environnementales … Elles ne commencent pas en 2027 et ne s’arrêtent pas après l’élection présidentielle.

Quel est donc l’enjeu du congrès de l’AMF de 2026 ? L’enjeu du prochain renouvellement dépasse les personnes. Il porte sur la conception même de l’AMF. Une association d’élus peut être influente sans être une rampe de lancement. Elle peut être politique sans être partisane. Elle peut avoir une parole forte sans devenir la caisse de résonance d’une candidature nationale.

Et surtout, elle peut ambitionner autre chose que de commenter les décisions prises à Paris. Sur les finances locales, le logement, les normes, la transition écologique, la sécurité ou les services publics, les maires attendent moins de déclarations, et plus de résultats.

Lieux de démocratie

L’AMF doit donc être jugée sur sa capacité à obtenir des moyens pour les communes et les services publics de proximité, des marges de manœuvre, des simplifications, des engagements et des résultats concrets. Le reste relève davantage de la politique nationale. Et la politique nationale, en 2027, ne manquera certainement pas de candidats.

L’AMF, elle, n’a besoin que d’un projet : défendre et promouvoir les communes comme lieux de la démocratie républicaine et du service public du quotidien, au service de tous les habitants. C’est peut-être moins spectaculaire qu’une candidature à l’élection présidentielle. Mais c’est précisément pour cela que c’est essentiel.

Par Philippe Laurent, Maire de Sceaux