Métropole du Grand Paris : allons-y, progressivement !

Ci-dessous mon interview parue dans le « Journal du Grand Paris » le 18 juin 2015, interview dans laquelle je plaide pour le non report de la date de création de la Métropole du Grand Paris, pour continuer à donner un peu d’espoir et de perspectives aux acteurs du territoire métropolitain, et faire en sorte que la démarche reste bien sous le contrôle de l’ensemble des maires.

Etes-vous favorable à un report de la création de la Métropole du Grand Paris (MGP) ?

Au point où nous en sommes, je ne suis pas favorable à un report de la date de création de la Métropole. Compte tenu du calendrier électoral, un report au 1er janvier 2017, année d’élection présidentielle, signifie un enterrement de l’idée métropolitaine sur le plan institutionnel. Or, dans notre pays, ce qui n’est pas institutionnel ne compte pas : les coopérations souples, la contractualisation, la coopération, nous ne savons pas bien faire. La conquête du pouvoir et l’approche partisane dominent trop souvent. Personnellement, je le regrette, mais c’est ainsi.

Certains avancent l’idée de la « métropole-région » pour justifier le report et profiter de 2016, après les élections régionales, pour mettre au point ce concept. Il est amusant de constater qu’une partie d’entre eux refusaient vigoureusement cette approche il y a deux ans, au point d’imaginer une construction métropolitaine centralisatrice, heureusement assouplie depuis sous la pression des maires. Cette vision de la métropole-région n’est pas satisfaisante : je suis convaincu que l’efficacité de la métropole à venir ne peut reposer que sur l’engagement des maires. La Métropole du Grand Paris, ce doit être d’abord et avant tout l’affaire des maires, de tous les maires.

Il est une autre raison, à mes yeux majeure, de maintenir la date du 1er janvier 2016. Qu’on le veuille ou non, l’idée métropolitaine, même dans sa mise en forme qui reste très imparfaite en matière de compétences et de périmètre notamment, est devenue un nouvel horizon pour de nombreux acteurs économiques et associatifs, et notamment les investisseurs. Cette idée représente l’espoir d’une approche plus volontaire, plus solidaire aussi du développement du territoire : voyez par exemple le nombre de grandes entreprises qui ont créé une mission « Grand Paris » ! Repousser, ce serait générer une immense déception chez nombre de ces acteurs, casser un élan, et peut-être déconsidérer encore un peu plus les élus locaux. Nous ne pouvons pas nous le permettre.

Allons-y donc, de façon progressive. C’est parfaitement possible.

Ce report ne s’impose-t-il eu égard au temps qu’il faut pour élaborer et mettre en musique les maquettes budgétaires ?

Non, à partir du moment où l’on applique de façon rigoureuse le principe de « neutralité budgétaire » au 1er janvier 2016, pour chacune des entités publiques du territoire métropolitain, des conséquences de la création de la MGP. J’en ai fait voter le principe à l’unanimité lors de la dernière réunion du comité syndical de Paris Métropole. Car l’application de ce principe permet de continuer à avoir les moyens de faire fonctionner, à partir du 1er janvier, tous les services publics du quotidien que gèrent les communes et les intercommunalités actuelles, ainsi que de continuer à investir. Le gouvernement a compris cette condition, je souhaite vivement que l’Assemblée nationale la reprenne et la complète, sous l’impulsion du président de la commission des Finances, Gilles Carrez, qui s’est emparé de la question.

Dans ces conditions, nous avons du temps pour ciseler les maquettes financières, ce d’autant plus que dans la forme actuelle la MGP ne vote pas de taux de fiscalité directe.

Et ne s’impose-t-il pas eu égard au temps qu’il faut pour élaborer et mettre en musique les territoires ?

Voici trois ans que nous savons, en petite couronne, qu’il nous faudra constituer des intercommunalités plus grandes. Nous avons eu le temps d’y réfléchir. Les cartes diffusées par le préfet de région offrent finalement peu de différences, hormis un choix de base sur la taille des territoires : autour de 300/400 000, ou plutôt 800/1 000 000 habitants. C’est un choix certes important, mais qui dépend de la conception que l’on a  du territoire : soit une mutualisation, une mise en commun des équipements et des politiques de proximité, soit une déclinaison de la métropole en 7 ou 8 circonscriptions. Aujourd’hui, c’est naturellement la première conception qui doit primer, parce qu’elle permet de continuer à assurer un service public de qualité aux habitants, et qu’elle s’apparente à une construction intercommunale classique que nous connaissons bien. Et rien n’empêche d’évoluer dans quelques années sur ce point.