Lettre ouverte de S. Gatignon : « Far niente, en francilien, c’est mourir un peu »

Retrouvez ici le texte intégral d’une prise de position du maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon avec qui je travaille aux côtés d’autres élus locaux, au sein de la Conférence Métropolitaine de l’agglomération parisienne. Retrouvez également ci-dessous ma réaction à cette lettre.

Je remercie Stéphane Gatignon de son rappel, salutaire, de l’urgence qui s’attache à la construction d’une démarche, puis à l’engagement de réalisation concrètes dans les domaines qu’il énumère.
J’ai participé avec une poignée d’autres maires, dès son origine en 2002, au long chemin parcouru d’abord par Paris, qui a fait un considérable effort sur lui-même et a dû convaincre de sa bonne foi des élus de banlieue plus que méfiants et « échaudés » par des décennies de mépris, Paris qui a dû aussi négocier avec de nombreuses villes quelques contreparties pour « réparer » les erreurs et avanies commises chez elles (logements dégradés, ordures ménagères, assainissement des eaux usées, cimetières, … jusqu’aux dépôts de pavés !), tout ceci grâce à l’opiniâtreté de Pierre Mansat. Une fois la confiance partiellement retrouvée, il a fallu convaincre d’autres élus de s’engager dans une réflexion commune au sein de la conférence métropolitaine, à partir de 2006. Cette conférence a donné d’excellents résultats : pour la première fois, des élus de tendance très diverse se sont parlés librement, ont dressé un constat très largement partagé sur l’inadaptation croissante des transports collectifs aux besoins, sur l’insuffisance des logements, sur l’approche parcellisée et largement égoïste du fait urbain, sur la nécessaire mutualisation de ressources importantes au niveau métropolitain pour conduire des politiques d’aménagement permettant de réduire les fractures territoriales effrayantes qui caractérisent le territoire de la zone dense.

Stéphane Gatignon a raison de dénoncer les stratégies de blocage qui se sont alors révélées, tant de nombreux acteurs du paysage métropolitain se sont inquiétés soudainement de cette légitimité naissante de l’assemblée des maires franciliens. L’intervention « musclée », voire tonitruante, de l’Etat dans le jeu, à partir de 2008, le débat (ou doit-on dire l’affrontement ?) autour du SDRIF, voire quelques préoccupations électoralistes en vue des élections régionales, la compétition dans laquelle le maire de Paris s’est un temps engagé pour le leadership du Parti socialiste, les hésitations de l’UMP des Hauts-de-Seine entre une attitude de rejet « dégoûté » (ne touchez pas au grisbi !) d’une part, et de participation prudente au processus (vous pouvez toucher au grisbi, mais pas trop …) d’autre part …. tout ceci est venu polluer la démarche des maires, une approche certes peut-être moins « flamboyante » (un maire ne convoque pas la presse à chaque fois qu’il se déplace …), mais sans aucun doute profondément sincère, dictée par l’intérêt général à à long terme de leur population et de leur territoire, qu’ils connaissent mieux que quiconque.

Alors, Stéphane, continue à nous interpeller comme tu le fais, mais interpelle encore davantage celles et ceux qui – parfois de bonne foi – n’ont pas encore compris que rien ne se fera sur notre territoire sans les maires, qui viennent d’être (re)légitimés par les élections municipales de 2008. Paris Métropole sera l’affaire des maires, ou ne sera pas.