« Les entreprises publiques locales sont un consensus d’efficacité »

Article publié le 2 juin 2026 dans le Dossier du Journal du Grand Paris par Samuel VIVANT
Philippe LAURENT, président de la Fédération des élus des entreprises publiques locales et maire de Sceaux, et Gaylor LE CHEQUER, président de la Fédération régionale des EPL Île-de-France et premier adjoint au maire de Montreuil, défendent l’économie mixte locale comme un outil politique de maîtrise publique face aux grands défis territoriaux.
L’économie mixte locale fête son centenaire cette année. Quel regard portez-vous sur les réalités du modèle en Île-de-France ?
Philippe LAURENT : C’est un mouvement très mature en Île-de-France. Elle s’inscrit encore dans une trajectoire de croissance, mais aussi dans une dynamique d’optimisation pour gagner en efficacité dans l’action publique. Si l’économie mixte locale se développe, c’est parce que les collectivités ont besoin d’outils efficaces face à la complexité croissante des enjeux dans les territoires. En Île-de-France, les défis sont considérables et ni l’administration seule, ni le marché seul ne suffisent.
Gaylord LE CHEQUER : C’est une région où les enjeux sont particulièrement complexes : pression foncières, transition écologique, cohésion territoriale. Les EPL se sont imposées comme des outils agiles. Les EPL se sont imposées comme des outils agiles. Elles permettent finalement de réconcilier efficacité économique et intérêt général.
En quoi les EPL constituent-elles une solution pour les élus locaux ?
G.L : Elles offrent de l’agilité : une souplesse de gestion, de la réactivité, une grande capacité à innover. Là où les procédures classiques peuvent être lourdes, les EPL permettent d’intervenir plus vite, sans renoncer à la transparence ni au contrôle public.
P.L : Dans le contexte actuel, les EPL redonnent des marges de manœuvres. Les élus sont limités par les contraintes budgétaires, pris entre des toujours plus nombreuses et des opérateurs privés puissants. Les EPL permettent aux collectivités locales et à leurs élus de reprendre la main sur les projets.
Comment mieux incarner politiquement ces structures ?
G.L : Il faut assumer pleinement la dimension publique de ces sociétés. Cela passe par davantage de pédagogie : une EPL ne doit pas être perçue comme une structure technocratique, mais comme un outil au service du territoire.
P.L : Il faut en effet sortir d’une forme de pudeur ou de technicité excessive. Les EPL doivent être expliquées, portées, revendiquées. La transparence est indispensable, mais clarté politique l’est tout autant. C’est dans cette logique que notre mouvement, transpartisan et local, fédère près de 13 000 élus partout en France.
Les EPL sont-elles devenues un sujet de consensus entre élus locaux ?
P.L : Les SEM, les SPL et les Semop sont utilisés autant par des élus se revendiquant de gauche ou de droite. Parce qu’elles sont au service des politiques publiques et qu’elles fonctionnent. Ce n’est pas un compromis mou, c’est un consensus d’efficacité.
G.L : A l’instar de l’Île-de-France, les EPL transcendent souvent les clivages politiques parce qu’elle répondent à des besoins très concrets. Ce consensus ne gomme pas les différences de vision, mais il montre que les EPL constituent un socle commun d’action publique.
Sont-elles suffisamment armées face aux grands opérateurs privés ?
P.L : La longévité et la pérennité de l’économie mixte locale parlent pour les EPL. Elles produisent annuellement un chiffre d’affaire cumulé de près de 20 milliards d’euros, auquel il convient d’ajouter celui des filiales de SEM, en croissance quasi-continue depuis plus d’une décennie. Mais elles sont ainsi armées à condition que les collectivités l’assument pleinement, en le portant politiquement et en les capitalisant suffisamment.
Quel rôle devront-elles jouer dans les années à venir ?
P.L : Un rôle absolument central. Transition écologique, décarbonation, adaptation au dérèglement climatique, rénovation énergétique, transports culture… Ce sont des chantiers immenses qui nécessitent des opérateurs capables d’agir vite et bien ua service des Français.
G.L : Historiquement très présents dans l’aménagement, elles sont déjà investi de nouveaux domaines. A Montreuil, nous souhaitons par exemple investir le champ de la rénovation énergétique de l’habitat privée afin d’accompagner la résorption des passoires thermiques et énergétiques. Leur rôle va encore s’élargir.
