Aux commandes de Sceaux, Philippe Laurent se fait la voix des maires de France

Publié le 26 avril 2026 dans Les Echos par Alain Piffaretti

Largement réélu maire de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent s’apprête à vivre un cinquième mandat particulièrement dense, avec l’obligation, comme beaucoup de ses pairs, de maintenir une gestion financière très stricte de sa commune. Une situation liée aux nombreuses contraintes qui pèsent actuellement sur les collectivités locales, dont le maire de Sceaux s’est fait un actif porte-parole.

Dans le bureau de Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, les dossiers locaux s’empilent aux côtés des notes nationales… Une illustration concrète de ce qu’est le « job » de cet élu local un peu atypique : à la fois gestionnaire de la ville et porte-voix des territoires auprès de l’Etat. Réélu en mars pour un cinquième mandat à la tête de sa ville, Philippe Laurent n’a pas l’intention d’abandonner cette double casquette au cours de son mandat à venir. Selon lui, il y a plus que jamais du pain sur la planche, dans un contexte où les contraintes budgétaires sont de plus en plus pesantes pour les communes.

Ville cossue de 20.000 habitants

Élu pour la première fois conseiller municipal en 1977, à seulement 22 ans, Philippe Laurent, ingénieur formé à Centrale et également diplômé de Sciences Po a gravi tous les échelons locaux avant de devenir maire en 2001. Cet édile méticuleux d’une ville cossue de 20.000 habitants depuis 25 ans, a su profiter de cette confortable assise pour conquérir des places de premier plan dans les associations d’élus et autres organismes de défense des intérêts du monde territorial.
Le maire de Sceaux est aujourd’hui vice-président au sein de la puissante Association des maires de France et président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. « On peut dire qu’il est aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs des collectivités territoriales de France », assure Hervé Marseille, président de l’UDI et sénateur des Hauts de-Seine.

« On nous demande d’assurer toujours plus de services essentiels mais avec moins de moyens et de considération. »

Le maire de Sceaux a par ailleurs cofondé Centre-Ville en Mouvement, une structure qui réfléchit à la revitalisation urbaine à l’échelle nationale. « Nous avons été parmi les premiers à racheter des cellules commerciales pour maintenir la diversité », souligne-t-il. Philippe Laurent parcourt régulièrement la France pour rencontrer des élus, porter leurs revendications et peser dans les débats. Son engagement pourrait d’ailleurs le conduire à briguer à nouveau la présidence de l’AMF, après une première tentative infructueuse en 2021.
En attendant, il compte se faire entendre sur la question essentielle de l’autonomie financière des communes. Une critique récurrente, depuis un bon moment, chez cet élu centriste qui voit dans la constante réduction de l’autonomie fiscale des collectivités un tournant particulièrement préoccupant. « Nous assistons depuis de nombreuses années à un phénomène de recentralisation et de perte d’autonomie des collectivités. L’État donne maintenant des subventions principalement en fonction de projets précis. Ce recul considérable, est totalement contraire à l’esprit de la décentralisation. Sans parler de la disparition des principaux impôts qui nous retire toute marge de manœuvre », dénonce l’élu, qui conclut : « On nous demande d’assurer toujours plus de services essentiels, mais
avec moins de moyens et de considération. »

À Sceaux, la moitié des ressources de la ville, soit 30 millions, proviennent toujours de l’impôt foncier. Mais la disparition progressive de recettes fiscales couplée à des ponctions liées à la péréquation se traduit, selon le maire, par un budget sous pression. « D’environ 60 millions d’euros, il est de plus en plus compliqué à boucler, assure-t-il. A terme, une ville comme la nôtre pourrait disparaître sans une réforme en profondeur ». Une hypothèse inenvisageable pour cet élu local très investi, qui veut agir pour préserver cet équilibre essentiel pour sa ville : une vie locale dynamique, un parc réputé et des établissements scolaires prestigieux. Mais reconnaît toutefois : « Nous avons pu réaliser de très nombreux équipements structurants à des périodes plus fastes, comme par exemple le théâtre qui a aujourd’hui le statut de scène nationale. Ce serait impossible aujourd’hui ».