La décentralisation honteuse de l’Etat

Quiconque s’intéresse à l’évolution institutionnelle et territoriale du pays ne peut que s’étonner de l’absence de toute manifestation prévue au niveau de l’Etat pour marquer le trentième anniversaire de la loi du 2 mars 1982, dite « loi Defferre », et qui a été la loi fondamentale de la décentralisation « à la française ».

En conférant non seulement des compétences, mais surtout des pouvoirs, aux élus locaux, en supprimant la tutelle administrative, en créant des lieux indépendants de contrôle comme les chambres régionales des comptes, la loi Defferre a considérablement bouleversé la carte institutionnelle, mettant fin, comme le souhaitait le général de Gaulle dès 1968, à « l’effort multiséculaire de centralisation administrative – (qui) ne s’impose plus pour assurer la cohésion nationale – ». Cette formidable réussite a permis aux territoires de se structurer et de s’équiper, à la province d’exister pleinement aux côtés de Paris, à une fonction publique territoriale de s’épanouir avec ses propres valeurs et compétences, à des élus locaux de gagner en autonomie et de devenir de vrais « animateurs de territoire ».

Aujourd’hui, personne ne conteste la réussite globale du mouvement de décentralisation. Personne … sauf le pouvoir central qui a fait des élus locaux, depuis quelques années, l’un des boucs émissaires des difficultés que rencontre le pays. C’est sans doute pour cela que l’Etat a la « décentralisation honteuse », au point de ne même pas prendre le temps de regarder en arrière, pour mieux discuter de ce que devrait être, demain, l’évolution de la structure institutionnelle du pays qui ne pourra pas se contenter de la réforme territoriale bâclée de 2010.

Il ne s’agit pas là de défendre telle ou telle position acquise, tel ou tel statut. Il s’agit de l’avenir de la nation et de la République. Il n’y a pas d’exemple dans le monde où la maturité politique ne s’accompagne pas du développement des libertés locales. Chacun doit le comprendre, l’accepter. Au premier chef l’Etat, qui doit apprendre à partager la notion d’intérêt général et à faire confiance aux autres acteurs publics du pays.