« Le maire est en passe de devenir un simple exécutant de l’État »
Article publié dans la Gazette des Communes
Candidat à la présidence de l’Association des maires de France, Philippe Laurent (UDI) propose de fédérer les associations d’élus pour mieux défendre les maires face à l’État, et dénonce le risque de politisation de l’association par David Lisnard.

Quel bilan politique tirez-vous des relations entre l’État et les collectivités depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir ?
C’est un gâchis. Pendant une vingtaine d’années, du milieu des années 80 au milieu des années 2000, la décentralisation s’était développée et une relation de confiance s’était installée, y compris avec les préfets. Puis, avec les crises financières, une partie de l’État a voulu faire porter aux collectivités la responsabilité des difficultés budgétaires nationales.
Sous la présidence de François Hollande, il y avait eu la baisse des dotations, qui, évidemment, a été très mal vécue. Mais l’autonomie fiscale des collectivités n’avait pas été remise en cause de la même manière. Sous les derniers quinquennats, c’est la capacité même des collectivités à disposer d’une autonomie et à prendre des décisions qui a été remise en question. La suppression de la taxe d’habitation a constitué une erreur fondamentale.
Le projet de loi de finances pour 2027 menace-t-il encore davantage le pouvoir d’agir des maires ?
Oui. Le maire est en train de devenir un simple exécutant de décisions prises ailleurs. Nous avons un déficit national de l’ordre de 150 milliards d’euros et nous allons mettre les collectivités et les services publics locaux en difficulté pour récupérer 4 ou 5 milliards. Ce raisonnement ne tient pas debout.
En mettant à mal les finances locales, nous risquons d’affaiblir les services publics du quotidien : l’école, la crèche, les centres de loisirs. Nous allons aussi devoir diminuer l’investissement, ce qui, de fait, va créer des difficultés supplémentaires pour l’avenir. Tout cela pour gagner finalement très peu au regard du problème budgétaire global. Ce raisonnement est totalement vicié.
Face à cette situation, pourquoi êtes-vous de nouveau candidat à la présidence de l’AMF ?
L’AMF dispose d’une capacité d’expertise très importante, reconnue par l’administration centrale et par tous ses partenaires. Je n’ai contesté aucune des positions prises par l’association. Le problème, c’est la façon dont elles sont portées. Se contenter de communiqués de presse et de grandes déclarations ne suffit pas. Il faut transformer ces positions en propositions, en amendements, les défendre auprès des parlementaires et des ministres. Un président de l’AMF doit aller voir le Premier ministre tous les trois ou quatre mois. On peut ne pas être d’accord, et même le dire très clairement, mais il faut se parler. L’AMF a une obligation de dialogue.
« L’AMF doit rester une association de rassemblement, capable de représenter tous les maires, quelles que soient leurs sensibilités. »
Vous estimez que la candidature de David Lisnard à l’élection présidentielle est incompatible avec la présidence de l’AMF. Pourquoi ?
Je considère qu’on ne peut pas être candidat à la présidentielle et à la présidence de l’AMF en même temps. Cela abîme l’association et l’affaiblit. Je ne juge pas la volonté de David Lisnard de se présenter à la présidentielle. Il en a le droit. Mais il ne peut pas tout faire.
Il y a aussi un risque de politisation de l’AMF, qui pourrait être entraînée vers des positions de plus en plus marquées à droite. Si David Lisnard s’engage dans une stratégie d’union des droites, avec Sarah Knafo notamment, comment garantir que les positions de l’association ne seront pas instrumentalisées au service de cette ambition politique ? L’AMF doit rester une association de rassemblement, capable de représenter tous les maires, quelles que soient leurs sensibilités.
David Lisnard met en avant l’unité retrouvée de l’AMF. Pourquoi n’avez-vous pas présenté de liste concurrente ?
Parce que les membres du bureau et du comité directeur sont des personnes respectables, que je connais bien et avec lesquelles je sais pouvoir travailler. Même si cette unité a été construite dans des conditions et avec des pressions que je conteste. À droite, des élus m’ont expliqué qu’ils auraient souhaité me parrainer, mais qu’ils craignaient de perdre leur place au comité directeur ou au bureau. Quatre membres sortants, qui m’ont parrainé, ont été écartés. Moi-même, j’ai été exclu du bureau.
Au Conseil national d’évaluation des normes (CNEN), nous avions travaillé, avant l’été 2026, avec les services de l’AMF à une première liste de représentants, en tenant notamment compte de leur assiduité. Mais cette liste a ensuite été modifiée et j’ai été écarté du CNEN contre ma volonté. L’histoire pourrait se répéter avec le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. C’est une situation inédite d’exclusion, totalement contraire à l’esprit de rassemblement de l’AMF. Quant à la gauche, je comprends qu’elle ait négocié un accord pour sa représentation paritaire dans les instances. Mais elle aurait dû être beaucoup plus prudente dans sa communication pour ne pas se laisser instrumentaliser par le président sortant.
