« Pour une République qui fait confiance à ses maires »

Article publié le 21 juin 2026 par Fabien CALCAVECHIA dans La Gazette des Communes

Les maires demeurent les élus les plus appréciés des Français. Mais alors que les attentes à leur égard n’ont jamais été aussi fortes, leurs marges de manœuvre n’ont jamais été aussi contraintes. Candidat à la présidence de l’Association des maires de France en novembre, Philippe Laurent, appelle, dans une tribune à « La Gazette » à redonner aux communes les capacités d’agir et défend une association transpartisane, force de proposition et porte-voix des territoires. Jamais les maires n’ont été autant sollicités. Jamais ils n’ont été autant attendus. Et pourtant, jamais leur tâche n’a été aussi difficile.

Philippe Laurent Vice président de l’Association des maires de France et maire UDI de Sceaux (Hauts-de-Seine)

Des maires en première ligne

Crise sanitaire, inflation, tensions budgétaires, fractures territoriales, urgence écologique, défis de sécurité, mutations démographiques : depuis plusieurs années, les communes sont en première ligne. Face à chaque crise, ce sont les maires qui répondent présents. Ils sont les premiers recours lorsque les citoyens cherchent des solutions concrètes à leurs difficultés quotidiennes.

Cette confiance exceptionnelle des Français envers leurs maires n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur une proximité, une connaissance du terrain et une capacité d’action que nul autre niveau de responsabilité publique ne possède.

Pourtant, un paradoxe s’installe. Alors que les attentes à l’égard des collectivités augmentent, leurs moyens d’action se réduisent. Les normes s’accumulent. Les contraintes budgétaires se renforcent. Les décisions se concentrent parfois loin des territoires. Et les élus locaux doivent toujours faire davantage avec moins.

Cette situation n’est plus tenable. La France a besoin d’un nouvel acte de confiance envers ses communes. Non pas une décentralisation de discours, mais une décentralisation de responsabilités, de libertés et de moyens.

L’Association des maires de France (AMF) doit être au cœur de ce combat. L’AMF n’est pas une organisation parmi d’autres. Elle est la voix collective des communes de France. Elle doit porter avec force la réalité du terrain face au gouvernement, aux administrations centrales et à tous ceux qui conçoivent parfois les politiques publiques sans mesurer leurs conséquences concrètes pour les Français.

Redonner des moyens aux communes

Dans les années qui viennent, plusieurs batailles seront décisives :

La première concerne les moyens. Les communes ne peuvent être considérées comme une variable d’ajustement des comptes publics nationaux. Elles représentent moins de 10 % de la dette publique mais réalisent près de 70 % de l’investissement public civil. Affaiblir les communes, c’est affaiblir l’investissement, l’économie locale et la cohésion nationale.

La deuxième bataille est celle de la simplification. Les élus ne demandent pas moins de règles pour agir sans contrôle. Ils demandent des règles plus lisibles, plus cohérentes et davantage adaptées aux réalités locales. Le temps des maires doit être consacré à agir, non à gérer une inflation administrative permanente.

La troisième bataille est celle de la reconnaissance de l’engagement local. Dans de nombreuses villes et villages, il devient difficile de susciter des vocations. Les responsabilités sont plus lourdes, les risques juridiques plus importants, les exigences plus nombreuses. Nous devons protéger davantage celles et ceux qui s’engagent au service de l’intérêt général.

Enfin, nous devons défendre une certaine idée de la République territoriale.

La France est forte lorsqu’elle s’appuie sur ses communes. Elle est forte lorsqu’elle fait confiance aux territoires. Elle est forte lorsqu’elle considère les maires non comme des exécutants, mais comme des partenaires.

Une AMF de rassemblement

Au moment où notre pays traverse une période de doutes et de tensions, les maires constituent l’un des derniers points d’ancrage de la confiance démocratique. Ils sont souvent les derniers à qui les citoyens s’adressent lorsqu’ils ne savent plus vers qui se tourner. Cette responsabilité nous oblige. Elle oblige les maires à rester fidèles à leur mission de proximité, de dialogue et d’écoute. Elle oblige aussi l’AMF à porter une ambition forte.

En novembre prochain, je suis candidat à la présidence de l’AMF parce que je considère que l’AMF ne peut se résumer à une seule sensibilité politique ni à une posture d’opposition permanente. Sa force historique a toujours été de rassembler des maires de toutes convictions autour des intérêts des communes, de leurs habitants et des acteurs de leur territoire.

Dans une période où les fractures politiques s’accentuent, notre association doit demeurer un espace de dialogue, de construction et d’influence. Je souhaite porter une AMF exigeante à l’égard du gouvernement lorsque cela est nécessaire, mais toujours force de proposition. Une AMF qui défende les maires avec fermeté sans jamais les enfermer dans des logiques partisanes. Une AMF qui soit pleinement actrice de la société française, au cœur des forces vives de la nation. Une AMF qui entretienne un partenariat exigeant et confiant avec le Parlement.