Sceaux : il y a 50 ans, la rue Houdan devenait la première rue piétonne commerçante d’Île-de France

Article publié le 21 juin 2026 par Hélène HAUS dans Le Parisien

La ville des Hauts-de-Seine a célébré samedi les 50 ans de la piétonnisation de la rue Houdan, sa principale artère commerciale. Un aménagement sur lequel habitants et professionnels ne reviendraient pour rien au monde.

Une queue se forme devant une boucherie de la rue Houdan à Sceaux (Hauts-deSeine) ce samedi matin. Les chalands sont nombreux à être venus faire leurs courses à une heure où les températures sont encore supportables. De grandes tables ont été installées au milieu de cette rue de 240 m de long pour célébrer les 50 ans de sa piétonnisation.

Située à quelques centaines de mètres du RER et juste à côté du Domaine de Sceaux, elle est avec ses quelque 80 boutiques l’artère commerçante principale de cette ville de plus de 20 000 habitants.

En 1976, à l’ère du « tout bagnole », elle est devenue la première rue commerçante piétonne d’Île-de-France. Un projet porté le maire centriste de l’époque Erwin Guldner, qui a mis plusieurs années à le sortir de terre. Dès 1965, l’élu avait lancé un « plan de défense pour les piétons », alors que les trottoirs de la rue étaient régulièrement envahis par les voitures, obligeant les gens à marcher sur la chaussée.

« À l’époque, les commerçants étaient très inquiets »

Le premier édile réalise ensuite une consultation locale sur le sujet, puis mène plusieurs expérimentations avant d’inaugurer cette rue piétonne, en 1976, marchant dans les pas d’un de ses proches, le maire centriste de Rouen, Jean Lecanuet. Ce dernier avait créé la première rue commerçante piétonne de France, en 1971, la célèbre rue du Gros-Horloge.

« À l’époque, les habitants de Sceaux ont très bien réagi, ils étaient contents, mais les commerçants eux étaient très inquiets », se rappelle le maire actuel, Philippe Laurent (UDI), qui, alors âgé d’une vingtaine d’années, était dans l’équipe d’Erwin Guldner. « On avait créé deux parkings de chaque côté pour permettre aux gens de se garer », se rappelle-t-il.

Cet anniversaire est pour lui l’occasion de faire la promotion des centres-villes piétons, car depuis, la ville ne compte plus une, mais plusieurs artères piétonnes qui entourent la rue Houdan. « Quand je parle avec d’autres collectivités, je vois que même aujourd’hui, les rues piétonnes restent un sujet qui divise, pointe l’élu, qui préside l’association Centre-ville en mouvement. Ce n’est pas encore gagné ! Des commerçants s’inquiètent encore. Certains maires sont obligés d’abandonner des projets. Pourtant, la question de l’aménagement des centres-villes est dans toutes les têtes. »

À Sceaux, en tout cas, personne ne reviendrait en arrière. « Le centre-ville est très agréable », apprécient Julie et Jimmy, un jeune couple de 26 ans qui a emménagé dans la commune il y a quelques mois. « On ne va pas faire beaucoup de courses dans le centre-ville, nuance tout de même Julie, employée dans le marketing. On va à la boulangerie. On a été deux fois chez le boucher, c’était très bon, mais trop cher pour qu’on y aille plus souvent. » Le couple se rabat plutôt sur les restaurants, qui affichent des prix similaires aux communes voisines.

« On aimerait avoir plus de rues piétonnes comme celle-ci chez nous », soulignent de leur côté Annie et Claude, un couple de retraités de Versailles (Yvelines) venus célébrer l’anniversaire de la rue piétonne. « Les commerces sont de grande qualité. Beaucoup d’adresses sont primées. Il y a par exemple le célèbre chocolatier Patrick Roger ou une boutique La Renarde qui propose des confitures maison excellentes. »

3,6 millions de passages en 2025

L’artisane confiturière Elisa Guillon, originaire de Paris, a été attirée par l’ambiance de l’artère. « Je cherchais quelque chose qui ressemble un peu à la rue Daguerre dans le XIVe arrondissement », décrit la jeune femme qui travaille à partir de fruits de saison. « Il y a surtout des clients le week-end », remarque la commerçante arrivée en 2021.

Taoufik Gouja, lui, est installé depuis 15 ans dans l’artère commerçante où il compte désormais quatre boutiques. « On a ouvert une boutique bio il y a quelques années, car c’était une demande de nos clients », relate ce marchand de fruits et légumes, qui a aussi été attiré par la piétonnisation des lieux. « Les clients peuvent faire leurs courses tranquillement ici. »

François, retraité depuis peu, vient justement tous les jours acheter des fruits et légumes rue Houdan. « C’est un endroit assez exceptionnel, même si on peut regretter que la rue ne soit pas pavée, décrit ce grand-père qui balade en poussette ses petites-filles. Les dalles ne sont pas très jolies, et l’ensemble manque de végétalisation. »

En 50 ans, la rue Houdan a déjà été réaménagée une fois. « On ne peut pas planter d’arbres, car il y a un très gros collecteur d’assainissement qui passe en dessous, explique le maire. Cela coûterait au moins 50 millions d’euros de le changer de place. »

L’élu aimerait installer des voiles d’ombrage comme cela existe en Espagne. « Cela nécessiterait des accroches puissantes aux murs, mais les propriétaires n’en veulent pas sur leur façade. La rue n’est pas au soleil toute la journée, il y a de l’ombre aussi », rappelle-t-il.

L’artère attire en tout cas de plus en plus de monde. Elle a enregistré 3,6 millions de passages en 2025. Soit un million de plus qu’avant l’épidémie de Covid-19. « On a développé les terrasses depuis, explique Philippe Laurent. Et les gens adorent ça. »