Les thèmes oubliés de la primaire

Les primaires constituent probablement une innovation démocratique. Si ceux qui se sont rendus aux urnes pour la primaire de la droite n’étaient naturellement pas représentatifs de la population française – plus âgés, plus favorisés et plus urbains que la moyenne nationale –, beaucoup de citoyens s’y sont fortement intéressés. En témoignent les audiences des débats télévisés ou les nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. La proximité politique entre candidats a obligé ces derniers à se démarquer sur les propositions. C’est donc de fond dont il a été question, sans doute davantage que d’habitude, et il faut s’en féliciter. Et il faut souhaiter de même que la primaire organisée par la « belle alliance populaire » soit de ce point de vue de la même qualité. 

Pourtant, malgré des programmes travaillés et des échanges de qualité, un petit nombre de thèmes a phagocyté le débat public. Avec du coup, des sujets complètement absents du débat, même s’ils ne l’étaient pas forcément des projets écrits. 

En 2007, la mode était au vert. Aujourd’hui, après dix ans de politiques publiques considérées comme « punitives », l’écologie a été mise de côté par des prétendants conscients que le principe du « consommateur-payeur » était devenu impopulaire. Or, en régime libéral et non autoritaire, la taxation des pratiques que l’on veut faire cesser – ou la détaxation des pratiques que l’on veut encourager - sont les seuls outils d’incitation pour changer les modes de consommation et de production, et ainsi réussir une politique écologique. Encore faut-il que les acteurs aient vraiment le choix de vivre ou consommer autrement. Est-ce le cas pour les plus modestes ? D’une certaine façon l’Etat fait porter systématiquement sur les ménages et les entreprises les conditions du développement durable au lieu d’assumer pleinement sa part d’investissements, lourds mais nécessaires, pour impulser la croissance verte. 

Les enjeux relatifs à l’ubérisation de l’économie ont été à peine abordés lors des interventions (à l’exception notable de Nathalie Kosciusko-Morizet). Ce modèle a pourtant fait doubler le nombre d’autoentrepreneurs entre 2010 et 2015. Il bouleverse les activités traditionnelles en même temps qu’il répond à une forte demande et à l’innovation technologique. L’ubérisation de l’économie pose des défis en matière de précarisation des travailleurs, de concurrence déloyale et de rentrées fiscales. C’est un vrai sujet qui engage l’avenir, et sur lequel la primaire de la droite s’est peu arrêtée. 

Comme d’habitude, la culture a été un de ces thèmes oubliés. Symbole de « l’exception française », elle n’en finit plus de payer la note de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Néanmoins, les attentats ont changé la donne et mis à mal le lien social. La Nation – au sens d’Ernest Renan – est en question au point qu’un maillot de bain a fait la une de l’actualité l’été dernier. « L’incidence de la création artistique sur l’imaginaire collectif et sur la production d’identités fabrique du lien social et contribue à prévenir des comportements et des replis communautaristes »[1]. Or, une politique culturelle ambitieuse permet l’expression de la pluralité des formes et des genres. Elle contribue, en quelque sorte, à ce que chacun s’approprie la société dans laquelle il vit. La réponse aux défis sociétaux passera aussi par une ambition culturelle qui n’a pratiquement pas été évoquée au cours de la campagne.  

Il en a été de même pour l’enseignement supérieur et la recherche (ESR). L’autonomisation des établissements a profondément bouleversé le paysage de l’ESR et les enjeux. Entre hausse des effectifs et des décrochages, difficile apprentissage du pilotage budgétaire et financier, résistances facultaires aux politiques de sites, rationalisation des offres de formation et intégration des universités dans leur environnement économique ou encore, creusement des inégalités entre disciplines en lien avec les classements internationaux … les défis sous nombreux et les solutions proposées auraient sans doute mérités d’être mises sur la table. 

Agriculture, aménagement du territoire, lutte contre la pauvreté constituent d’autres chapitres non ouverts durant la primaire de la droite, comme celui du service public. On a certes parlé – et en des termes tronqués et malheureusement clivants – des « fonctionnaires », mais pas du mode de société dans lequel on souhaite vivre demain, de la place de l’humain, de la mutualisation des risques, bref, de ce qui fait « société » en 2017. Dès le début, le débat a été mal posé, faisant fort malencontreusement réapparaître des positions idéologiques du siècle passé, donnant à croire que l’Etat seul avait encore le pouvoir de « tout changer ». Je crains qu’on le regrette dans les mois qui viennent … Le retour d’une campagne de fond ne signe donc pas pour autant le glas des raccourcis. 

Et puis, et puis, les silences des candidats sur l’Europe nous en ont dit long sur la situation de l’Union. L’Europe, n’intéresse même plus. Crise après crise, elle n’en finit plus d’offrir au monde le triste spectacle de son effilochage progressif, géré par une Commission bien mal dirigée depuis plus de dix ans. La faillite de la Grèce et la tragédie des réfugiés syriens ont achevé de briser politiquement notre continent. Le Brexit, lui, a rendu concret le risque, jusqu’ici théorique, de délitement de l’Union européenne. Le prochain gouvernement français aura la lourde de tâche d’œuvrer pour renforcer le fédéralisme européen, sous peine de voir le projet se vider de son sens, avec les conséquences sociales et économiques que l’on peut imaginer face à la concurrence mondiale. C’est la raison pour laquelle il est étonnant de ne pas avoir entendu davantage développé, dans les débats, les solutions proposées sur l’harmonisation des législations sociales et fiscales, les nouvelles règles de fonctionnement pour l’espace Schengen, la redéfinition de la gouvernance européenne ou encore le rôle de l’Union dans le monde. 

Pour ma part, je mets en parallèle et en complément la question de la confiance en l’Europe et celle de la confiance en nos territoires et nos collectivités territoriales. C’est sur ces deux piliers, en y ajoutant comme troisième pilier celui d’un Etat recentré sur l’essentiel et le régalien, que le futur pouvoir devra s’appuyer pour donner au peuple français plus de bonheur et de foi en l’avenir. Nous sommes encore très loin du compte. Il reste six mois aux candidats pour nous parler un peu plus de demain, et un peu moins d’hier.

 

[1] MICHEL Claude, Avis du Conseil économique, social et environnemental : Pour un renouveau des politiques publiques de la culture, Journal Officiel, avril 2014, p. 5

Paul Ortais
Traitement de la schizophrénie
On se demande bien comment des États assumant une inféodation totale à un système libéral, dont il a été amplement démontré qu'il relève plus de l'activité criminelle que d'une "économie" dont le nom est à ce point usurpé, pourraient agir sur ce qu'on leur demande est qui en est l'inverse exact : développem ent humain et environnement. Ils ne le peuvent en rien et sont condamnés à la schizophrénie, coincés entre des électeurs désabusés et leur Maître financier qui d'ailleurs les étrangle sans vergogne. Qui de sensé voudrait présider des institutions aussi folles ?
Ce qu'on en attendrait ce serait juste un peu d’honnêteté intellectuelle. Cesser de dire que les problèmes sont complexes alors qu'on a juste des ordres pour ne pas les traiter (le chantage à l'emploi, qui marche si bien). Cesser de prendre systématiquem ent le parti des criminels anti environnement, Droit, culture, peuple. Comment imaginer que ce dernier ne réagisse pas, bien manœuvré pas les cueilleurs de mécontents ?

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