Décentralisation et sauvegarde du modèle français : pourquoi je soutiens Alain Juppé

Refonder l’idéal républicain : c’est l’enjeu principal de la prochaine présidentielle. Et aujourd’hui plus encore après les évènements récents, je veux dire non seulement les résultats de l’élection présidentielle américaine, mais aussi la façon dont s’est déroulé la longue « campagne électorale » qui a précédé cette élection.

Les divisions qui traversent notre société témoignent des doutes qu’expriment les Français sur nos capacités collectives. La solidarité se trouve pourtant être au cœur des politiques publiques déclinées dans les territoires et le socle du modèle social français. La reconstruire devra être l’un des objectifs majeurs du prochain gouvernement et de la prochaine majorité parlementaire afin de réinventer et de renforcer les opportunités de développement de chacun et le vivre ensemble.

Les collectivités locales jouent un rôle majeur, peut-être maintenant le principal. Depuis 15 ans, l’ancrage des risques sociaux – chômage, pauvreté, isolement – dans le quotidien de nombreux Français a posé des défis inédits aux services publics de proximité. Dans un contexte de diminution drastique des moyens transférés par l’Etat – 28 milliards d’Euros sur la seule période 2014-2017 –, les élus locaux et leurs équipes ont répondu autant que possible aux besoins et aux transferts de charges incessants. D’ailleurs, les Français sont attachés aux services publics de proximité puisqu’une large majorité de l’opinion publique (64%) les plébiscitent face à l’Etat (36%)[1].

Néanmoins, face à ce système qui marche sur la tête, il apparaît d’une impérieuse nécessité d’en venir à bien davantage de décentralisation et d’autonomie pour les collectivités locales. S’appuyer sur les institutions politiques, sociales et économiques les plus proches des citoyens, c’est à la fois permettre à l’Etat de se concentrer sur les missions régaliennes – et il a déjà fort à faire en la matière – et offrir un service public de qualité, adapté aux spécificités des populations et des territoires.

Consolider la décentralisation et la réforme territoriale – celle qui vise à décliner une grande orientation nationale en politiques publiques dans les territoires – passe par des ressources garanties et évolutives. Le partage des grands impôts nationaux est la norme dans la plupart des pays développés. Pour ce qui concerne les régions, les annonces récentes du gouvernement concernant la TVA tendent à enfin s’en rapprocher. Mais pour les autres ?

Les enjeux, les besoins, les possibilités de notre pays n’ont aujourd’hui plus grand-chose à voir avec la France postrévolutionnaire. Il faut en finir avec cette obsession d’égalitarisme et d’uniformité territoriale, et en venir à la modularité, c’est-à-dire l’acception d’organisations différenciées des instituions publiques selon les territoires en fonction des réalités locales. Le respect des diversités et des spécificités est dans l’air du temps, malgré la tendance à tout faire grossir. Qui pourrait sérieusement affirmer que les problématiques sont les mêmes pour les habitants d’un village alpin que pour ceux d’une ville de la première couronne parisienne ? Et même à « niveau » équivalent, pourquoi s’obliger à faire la même chose à Paris, Marseille, Strasbourg, Nantes ou Toulouse ? Définitivement, les notions de « cas par cas » et de « communauté de vie » doivent guider l’objectif de territorialisation des politiques.

Notre modèle républicain s’est construit sur une conception spécifique du service public, fondée sur le respect des valeurs de neutralité, de laïcité et d’accessibilité universelle. Ces valeurs guident chaque jour l’action de cinq millions de fonctionnaires. Les agents publics les font vivre, les diffusent et les défendent dans leur action quotidienne. Garants de l’égalité réelle, ils sont ainsi au cœur de la redistribution sociale et territoriale dans l’hexagone. Ils assurent le « filet de sécurité » dont une société de plus en plus fragile a plus que jamais besoin.

Le « redimensionnement de l’Etat » pour user d’un euphémisme est d’ores et déjà lourd de conséquences pour les agents de la fonction publique. L’absence de maîtrise du temps de travail s’est finalement traduite par une inflation des heures supplémentaires[2]. Ainsi, le « fonctionnaire bashing » et les discours de meeting exaltés de coupe claire dans les effectifs ne vont pas dans le sens des besoins quotidiens des Français, et font mal à celles et ceux, élus locaux compris, qui ne comptent pas leur temps et leur peine au service de nos concitoyens. Et qu’ils semblent bien déconnectés de la réalité de classes d’école surchargées, de l’attente prolongée à l’hôpital, du manque de place en crèche, de l’impossibilité d’assurer la sécurité de proximité, ou encore de certains délais d’attente administratifs !

La fonction publique mérite d’être respectée car elle réussit. Parce qu’aussi il faudra bien quelqu’un pour faire ce travail, et que rien ne dit qu’une autre organisation coûterait moins cher. Combien coûterait à l’Etat la privatisation d’une partie de ses missions ? Combien nous a coûté la logique budgétaire du « non remplacement d’un départ à la retraite sur deux » sans repenser l’organisation ni des missions ni des services ?

Bien entendu des enjeux nouveaux apparaissent. Le numérique, les regroupements d’établissements transforment certaines fonctions. Le développement de la mutualisation des services permet, avec des outils appropriés, permet parfois, ici ou là, de faire mieux avec moins. Mais, dans un contexte de pénurie d’agents sur des activités essentielles, la mobilité entre les trois fonctions publiques ou avec le secteur privé se veut répondre à cela, en même temps qu’elle donne des perspectives nouvelles de carrière aux agents. Cette mobilité ne peut s’ébaucher qu’en assouplissant les règles de mobilité et en développant l’offre de formation proposée aux fonctionnaires.

Sauvegarde du modèle français, confiance dans l’intelligence des territoires et réforme de l’Etat sans tomber dans la facilité apparente du démembrement des services publics. Voici les chantiers principaux auxquels devra s’atteler le prochain gouvernement. Alain Juppé, homme d’expérience, de mesure et de pragmatisme à toutes les qualités pour réussir à relever ces défis. Ses valeurs humanistes me donnent confiance en sa capacité à œuvrer en faveur de l’intérêt général. J’ai donc choisi de le soutenir et de m’investir à ses côtés.

 

[1] http://www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=3094

[2] http://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/publications/rapports-missionnes/2016-rapport-Laurent-temps-de-travail-fp.pdf

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