Pouvoir d’achat : la grande incompréhension

La bataille de communication sur le pouvoir d’achat des Français (augmente-t-il ou diminue-t-il ?) fait rage.

Il est vrai que les messages adressés et les décisions prises depuis 18 mois en la matière par le gouvernement apparaissent parfois comme contradictoires, et que plus personne n’y voit vraiment clair : hausse de la CSG, diminution de certaines cotisations sociales, baisse de la taxe d’habitation, mais aussi diminution du niveau des APL (théoriquement compensée par une diminution des loyers dans le parc social, mais pas dans le parc privé …), faible indexation des prestations sociales et des retraites, baisse du reste à charge de certains frais de santé (mais annonce de l’augmentation de la cotisation aux assurances complémentaires …), hausse de certaines taxes indirectes … cet ensemble de mesures disparates concernant de surcroît de multiples acteurs publics et n’entrant pas en vigueur en même temps a de quoi désorienter non seulement le citoyen, mais aussi l’observateur et l’analyste.

En effet, compte tenu de l’extrême diversité de la situation personnelle et familiale de nos concitoyens, il y a fort peu de chances que, pour chacun d’entre eux, les gains équilibrent les pertes. Il y a donc des gagnants et des perdants, a priori les classes moyennes du haut et les classes aisées des actifs pour les premiers, et les retraités et inactifs pour les seconds, les classes moyennes inférieures et les ouvriers et employés étant parfois l’un et parfois l’autre. Mais il est naturellement impossible de généraliser cette catégorisation.

Ainsi, par exemple – et c’est une erreur incompréhensible de la part de l’exécutif national – des nouvelles taxes sur le diesel qui frappent à l’évidence davantage les habitants des secteurs ruraux qui ont un besoin devenu absolu de leur véhicule que ceux qui vivent dans les grandes métropoles où existent des possibilités importantes de transport en commun.
En effet, dans un système de liberté, la seule façon vraiment efficace de changer le comportement des agents économiques pour des raisons d’intérêt général, comme l’est à l’évidence la lutte contre le réchauffement climatique et l’engagement dans la transition énergétique – reste la taxation, puisque le recours au rationnement et à la privation de liberté est philosophiquement exclu. Autrement dit, votre comportement n’est pas conforme à l’intérêt général, mais je ne peux pas l’interdire car cela constituerait une entorse à votre liberté. En revanche, je le taxe plus lourdement pour vous inciter à réfléchir et à changer votre comportement. Cela s’appelle « toucher au portefeuille » et l’on sait que cela est généralement efficace.

Mais, pour garder une nécessaire équité dans la démarche, encore faut-il que l’agent économique dont on souhaite faire évoluer le comportement ait la possibilité de le faire assez rapidement pour ne pas subir trop longtemps la hausse de taxation. Cela fonctionne avec les taxes sur le tabac : moi, fumeur, j’ai la possibilité – même si cela me demande un effort important – de renoncer à fumer du jour au lendemain sans remettre en cause ma façon de vivre, et ainsi d’échapper à la taxation « punitive ». Mais c’est très différent pour le diesel. On ne peut généralement pas, du jour au lendemain, changer de véhicule : il faut en avoir les moyens et la trésorerie – malgré les primes gouvernementales -, et il faut de surcroît qu’un nouveau véhicule soit disponible. Qui plus est, la dévalorisation rapide des véhicules d’occasion, encore plus accentuée désormais pour les véhicules diesel, fait de la voiture un bien patrimonial se dégradant rapidement. Ainsi, la consommation de diesel est-elle un facteur rigide de consommation, et je ne peux modifier mon comportement en la matière qu’au bout de quelques mois, voire quelques années. Autrement dit, pour respecter ma liberté en m’incitant à faire évoluer mon comportement, ce n’est pas le diesel qu’il faut taxer, ce sont les véhicules équipés d’un moteur diesel. Ce qui suppose un autre combat, notamment auprès du lobbie des constructeurs automobiles …

C’est cette erreur d’appréciation sur la nature du bien à taxer qui est à l’origine du mouvement de contestation autour de la question du pouvoir d’achat.
Mais il en est une autre : c’est de considérer la notion de « pouvoir d’achat » exclusivement sous l’angle statistique du revenu disponible. La capacité d’un ménage à vivre « normalement » et à subvenir à ses besoins de façon autonome n’est pas seulement liée à son revenu et à ses dépenses directes. Elle est aussi fonction des aménités de toute nature qu’il trouvera à proximité de là où il vit : accès à la santé (médecins, hôpitaux, …), à l’éducation (écoles, collèges, lycée, …), aux loisirs et aux commerces. Devoir faire 20 kms pour un rendez-vous de médecin n’est pas équivalent, à revenu identique, que de trouver un praticien en bas de chez soi … surtout avec du carburant surtaxé !

Ainsi la perception par les uns et par les autres de la notion de « pouvoir d’achat » peut-elle être totalement différente, à revenu identique, selon la situation de chacun. Dans ces conditions, faire du pouvoir d’achat, et du pouvoir d’achat considéré sous un angle statistique seulement, un marqueur de la réussite ou de l’échec d’une politique publique semble relever d’une forme de naïveté politique regrettable. Ce dont ont besoin nos concitoyens, c’est d’abord de confiance et d’espoir en l’avenir, pour eux et pour leurs enfants.

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