De retour de Maastricht …

Le 25 mars prochain, nous « célèbrerons » le 60ème anniversaire du Traité de Rome. Personne ou presque n’en parle. Malheureusement, l’Europe ne fait plus rêver. Cette grande œuvre de paix, voulue à toutes forces et avec parfois romantisme, par ceux qui avaient connu le second grand conflit mondial s’est progressivement abîmée dans le confort de peuples fatigués et a été confisquée par les marchands du temple. Ceux-ci ont même réussi à imposer les leurs à la tête de la technocratie européenne, avec la complicité d’Etats centraux trop souvent lâches et démagogues.

Sans doute ne le sait-on pas suffisamment : les premiers à s’être levés pour réclamer une entente politique européenne sont les maires des premiers pays de ce que l’on ne nommait pas encore l’Union. Le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) a été créé dès … 1951, la même année que sa branche française, l’AFCCRE, dont le premier président a été Edouard HERRIOT. Depuis sa création, le CCRE promeut « la construction d’une Europe unie, pacifique et démocratique fondée sur l’autonomie locale, le respect du principe de subsidiarité et la participation des citoyens ». Des valeurs et des principes simples, clairs, universels, intemporels.

Le Comité directeur du CCRE – dont j’assure la vice-présidence en tant que président délégué de l’AFCCRE – s’est réuni début décembre à Maastricht. Il a réaffirmé ces principes et ces valeurs. Il s’est surtout beaucoup inquiété de l’évolution politique de l’Europe.

La crise financière de 2008, essentiellement technique, a pu être à peu près surmontée – avec d’immenses dégâts collatéraux - par les outils et les « techniciens » dont l’Europe et le monde se sont dotés. Mais la crise identitaire qui nous submerge est autrement plus dangereuse. La tentation populiste gagne, dans de grands pays dont la population dispose d’un niveau moyen élevé d’éducation – ou en tout cas de formation, ce qui n’est pas nécessairement la même chose … L’Europe est touchée, comme les Etats-Unis. La colère des peuples monte, contre les élites et la financiarisation de l’économie.

Nous sommes pourtant nombreux, parmi les élus locaux, à avoir cherché à expliquer que le « libéralisme », ce n’était pas de livrer l’économie aux banques et aux marchés financiers, mais de permettre à l’innovation, à l’entrepreneuriat et aux créateurs de vraie valeur de s’épanouir pleinement. Que la solidarité et l’accueil des persécutés chez eux étaient non négociables, car faisant partie intrinsèque du modèle de société, ce qui n’empêchait nullement de se défendre. En vain. Les dirigeants de l’Europe et du monde se sont laissés doucement corrompre par l’argent-roi et par le rejet de l’autre. Si les choses évoluent un peu ces derniers mois, il est à craindre que ce soit trop tard, que le poison de la « dictature douce » soit déjà à l’œuvre, comme il s’épanouit parfaitement à l’aise en Russie ou en Turquie. Un poison qui annihile progressivement toute conscience citoyenne, en maintenant l’ordre – y compris l’ordre moral - et le confort du quotidien pour une large majorité.

Les maires européens connaissent parfaitement leur population et sentent les évolutions en cours. A Maastricht, nous avons aussi partagé notre pessimisme et nos grandes craintes. Cette prise de conscience partagée est sans doute notre meilleure arme. C’est pourquoi nous avons dit, à nos gouvernements respectifs que l’on sent égarés, voire affolés : faites confiance aux pouvoirs locaux, faites confiance aux territoires. Permettez-nous de vous aider à affronter le monstre alors que quatre grands pays européens vont connaître des élections capitales en 2017. Renouons ensemble avec l’esprit du traité de Rome !

 

 

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